Google glasses : grandeur et décadence

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Les Google glasses se reconnaissent à leur mini caméra.

« Don’t be evil. » Google se donne beaucoup de mal pour faire de ce slogan une réalité. Son dernier joujou en date, les lunettes connectées. Google et ses lunettes, pour le meilleur et pour le pire.

Petit rappel pour les réfractaires à la technologie (ou ceux qui auraient vécu dans une grotte ces six derniers mois). Les Google glasses, qu’est-ce c’est ? Elémentaire, mon cher : une paire de lunettes à réalité augmentée. En clair, le dernier projet farfelu tout droit sorti du Google X Lab, le centre de recherche secret de Google à San Francisco. Les Google glasses comportent tout un tas d’accessoires high-tech.

Une caméra intégrée, un micro, un pavé tactile sur l’une des branches, des mini-écrans, un accès à internet par Wi-Fi ou Bluetooth… La version 2 dispose à présent d’un port pour écouteurs, à brancher sur la branche droite des lunettes en mini-USB. Un nouveau gadget qui suit la tendance actuelle des objets connectés.

Les Google glasses, pour ou contre ? Petit florilège non-exhaustif des débats soulevés par le dernier jouet de Google.

Google glasses au volant, amende au tournant

Conduire avec des Google glasses peut coûter cher à l’automobiliste américain. En octobre 2013, Cecilia Abadie en a fait l’amère expérience. La jeune femme fait partie des 10 000 « explorers« , ces consommateurs qui testent les lunettes avant leur commercialisation. Une expérience qui n’est proposée qu’à un public de citoyens américains majeurs pour l’instant.

Cecilia Abadie est arrêtée dans la région de Los Angeles pour excès de vitesse. Au moment de rédiger la contravention, le policier s’aperçoit qu’elle porte des Google glasses. Il double aussitôt l’amende pour « vidéo ou télévision au volant« , indique le magazine Business Insider. Selon la jeune femme, les lunettes étaient éteintes lorsqu’elle conduisait. Elles se serraient automatiquement allumées lorsque Cecilia aurait levé la tête vers le policier…

Depuis l’incident, plusieurs états comme la Virginie Occidentale planchent sur un loi qui interdirait l’usage au volant d’un « ordinateur portable sur la tête via un dispositif adapté« . Le dispositif visé doit « émettre des informations visuelles dans le champ de vision de l’utilisateur ». L’amende encourue serait de 100 dollars, 200 en cas de récidive et 300 pour violations répétées. Mais Google n’a pas dit son dernier mot. La firme américaine lance une intense opération de lobbying pour l’autorisation des Google glasses au volant.

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L’application Drivesafe traque les signes de somnolence.

La dernière trouvaille de Google en la matière, se transformer en champion de la sécurité routière. L’application Drivesafe sur Androïd est sensée prévenir l’assoupissement au volant. Les lunettes détectent les mouvements de tête inhabituels du conducteur liés à la fatigue. Elles déclenchent alors un signal lumineux et sonore, et vous guident jusqu’à une zone de repos. L’application n’existe pour l’instant qu’en anglais.

Et en France ? Le code de la route stipule dans l’Article R412-6-2 que « Le fait de placer dans le champ de vision du conducteur d’un véhicule en circulation un appareil en fonctionnement doté d’un écran et ne constituant pas une aide à la conduite ou à la navigation est interdit. » Il existe donc un flou juridique que Google ne manquera pas d’exploiter. Les Google glasses pourraient éventuellement constituer une aide à la navigation, au même titre que les écrans GPS.

« Mes yeux vont être télé-transportés au Japon« 

En France, nous avons décidé d’étrenner à notre manière les fameuses Google glasses. Le 14 février dernier, ce n’était pas seulement la fête des amoureux. La médecine entrait dans l’ère 2.0, avec la première opération chirurgicale entièrement filmée avec ces lunettes connectées. Au CHP Saint Grégoire près de Rennes, le Docteur Philippe Collin et son équipe réalisent la pose d’une prothèse de l’épaule sur une patiente de 80 ans.

Dans un but pédagogique, l’opération est retransmise en direct à plus de 10 000 km, à l’hôpital de Nagoya au Japon. Devant les caméras de Ouest France, le Dr Collin ne cache pas son enthousiasme : « Mes yeux vont être télé-transportés au Japon et le chirurgien va voir comme s’il était à ma place, et en plus, j’ai un petit retour écran avec, soit ce que je filme, soit la tête de mon correspondant et je peux communiquer avec lui ».

L’opération du Dr Collin a nécessité la création d’une application spécifique, développée par le bureau rennais de la start-up AMA (Advanced Mobile Applications). Avec cette appli, le Dr Collin enseigne à distance et discute avec son confrère japonnais. Une expérience que le chirurgien orthopédiste entend banaliser. A l’avenir, « un de nos élèves opérera avec des Google glasses au Japon et nous pourrons le conseiller en direct« , déclare-t-il.

Seul bémol, la faible autonomie de la batterie. Trois paires de ces lunettes ont été nécessaires pour enregistrer toute l’opération, soit une toutes les 45 minutes. Pour rappel, chaque prototype de Google glasses coûte 1500 dollars. Multiplié par 3, ça fait cher l’équipement supplémentaire. Enfin, le gadget providentiel est encore en phase de test. La version finale commercialisée devrait revenir à 500 dollars, soit le prix d’un smartphone dernier cri.

Vers un échec commercial ?

Nous avons mis le doigt sur un point sensible. Toute cette technologie a un prix. Robert Scoble, blogueur influent en matière de nouvelles technologies, a été l’un des premiers à essayer les Google glass. Il livre un réquisitoire à charge sur son profil Google + au sujet des lunettes. Selon lui, un prix de 500 dollars représenterait un palier psychologique et financier trop sensible pour le consommateur. Le prix idéal serait plutôt de 300 dollars (une somme, tout de même !), inaccessible avant 2016 au moins.

Un autre point est à prendre en considération, le poids de tout cet attirail. Les Google glasses sont encore lourdes à porter. Souvenez-vous, les premiers smartphones aussi pesaient dans nos poches. Les Google glasses auraient le même défaut que les premiers smartphones : trop lourds et avec une faible autonomie de batterie. Un sérieux problème, puisque l’usage que vous en feriez se rapprocherait… d’un smartphone justement.

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Google condamné à 150 000 euros d’amende.

Le dernier souci se résume en deux mots : vie privée. Les lunettes sont fournies avec un ensemble d’applis estampillées Google. Le même Google que la CNIL a récemment condamné, allant jusqu’à faire figurer le montant et le motif de cette condamnation sur la page d’accueil du moteur de recherche. Avec les Google glasses, êtes-vous prêts à faire entrer Google dans l’intimité de tous vos loisirs ?

Si les Datacenters de Google ne hantent pas vos cauchemars, souvenez-vous que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Il y a une semaine, une américaine a été agressée dans un bar de San Francisco, parce qu’elle portait des Google glasses. Selon la police, les agresseurs croyaient que Sarah Slocum les filmait. Pour prévenir ce genre d’accident, la firme de Montain View a publié une charte de bonne conduite à l’intention des explorers.

Les deux dernières recommandations sur ce qu’il ne faut pas faire méritent quelques sous-titres. Don’t wear it and expect to be ignored. Les Google glasses ne sont pas exactement un modèle de discrétion, alors assumez votre statut de riche geek ! Don’t be creepy or rude. Vous représentez Google, alors par pitié, faites-nous une bonne pub !

Le Don’t be evil n’y figure pas, mais il est partout. Pour l’instant.

Mathilde Hodouin

Bonus : ils ont imaginé la vie avec les Google glass. Le résultat est… très drôle, en fait.

Mise à jour du 25/03/2014 : Google annonce un partenariat avec le groupe de lunetterie italien Luxottica (Ray-Ban, Oakley…) pour développer ses lunettes connectées.

Mise à jour du 02/05/2014 : Le coût de fabrication des Googles glasses n’excéderait pas 80 $. Prix de vente 1 500 $. Sans commentaire.

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À propos MathildeHodouin
Diplômée de l'ESJ Paris // Journaliste @melty passée par @frenchweb // Twitter @MathildeHodouin // Blog : "Le nano web de M@thilde" #internet #numérique #innovation

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