Les trolls au pain sec et à l’eau

"Ne nourrissez pas le troll"

« Ne nourrissez pas le troll » maxime fondamentale des forums en ligne.

Quel est le point commun entre le monde magique d’Harry Potter et les forums sur internet ? Dans les deux, vous pouvez rencontrer des trolls. Et quelque soit votre degré de tolérance, vous n’aurez aucune envie de partir en vacances avec eux.

Le 22 octobre 2014, l’Angleterre a annoncé sa volonté de durcir sa loi contre le cyberharcèlement, pour poursuivre les trolls malveillants. Dans l’argot d’internet, le troll est l’ennemi absolu du forum de discussion. Ce mot désigne une personne – ou un groupe de personnes – qui s’amuse à détourner la conversation pour créer une controverse interminable. En termes polis, un « brandon de discorde ».

Le troll génère la polémique et son arme favorite est la provocation. Par métonymie, « troll » qualifie aussi un message au contenu agressif et non-constructif. La consigne commune – et surtout le bon sens – veulent que les autres participants du forum ne nourrissent pas le troll. C’est-à-dire qu’ils s’abstiennent de lui répondre. D’ailleurs, l’expression « troll face » signifie à peu près « je plaisante » ou « attention, canular !« .

Il faut distinguer les trolls des flamers – de l’anglais to flame, insulter –  qui jouent dans la catégorie supérieure : celle des propos foncièrement insultants, menaçants ou racistes. Lorsqu’il s’acharne, le troll peut faire beaucoup de dégâts. L’action du troll est souvent associée à de la sottise ou à du sadisme. Ces personna non grata du web nous montrent aussi la limite du pouvoir de la parole rationnelle.

Faut-il ouvrir la chasse au troll ?

Signalement du troll

Il existe plusieurs hypothèses concernant l’origine du mot « troll ». La première est la plus évidente. Il s’agirait d’une allusion à cette créature magique du folklore scandinave. Dans les légendes nordiques, le troll est une espèce de géant hostile à l’homme, voire carrément anthropophage. Il incarne les forces primitives et violentes de la nature qui s’opposent à la civilisation – comme la mer, la forêt ou les montagnes – . Aujourd’hui dans les pays scandinaves, troll désigne aussi un individu au comportement social inapproprié, sinon violent. Sous la plume de J.K. Rowling, le troll est l’un des êtres les plus stupides et les plus repoussants du monde des sorciers dans la saga Harry Potter.

Troll[1]

Dans Harry Potter à l’école des sorciers, Harry terrasse un troll dans les toilettes des filles.

La deuxième explication voudrait que « troll » soit un dérivé de l’anglais trolling, qui désigne l’activité de la pêche à la traîne. A ne pas confondre avec le trawling, la pêche au chalut. Le trolling se pratique avec une ligne munie de nombreux hameçons. Métaphoriquement, les remarques inappropriées du troll sont autant d’appâts pour les contributeurs d’un fil de discussion. Dans le jeu de rôles Donjons et dragons  cher à la culture geek – le troll est un personnage qui possède une capacité de régénération. Ses membres coupés repoussent en quelques heures, ce qui rend pertinente la comparaison avec les discussions qui se multiplient en ligne.

Quelle est l’utilité d’un troll ? Faire monter le ton dans une discussion peut amuser les plus jeunes d’entre eux. Au delà du sentiment de pouvoir devant le chaos qu’ils provoquent, les trolls cherchent parfois à détruire l’intérêt d’un forum ou d’un fil de commentaire. Quand il est volontaire, le trollage – activité de troller, de se comporter comme un troll – s’apparente à une forme de censure via la création artificielle de points Godwin, par exemple. Néanmoins, tous les trollages ne sont pas volontaires. Certains d’entre eux participent même de la culture d’autodérision du web. Employé dans le domaine des jeux vidéos, « troll » est synonyme de mauvais joueur. Note d’utilité presque trollesque : si vous voulez savoir quel troll vous êtes, Courrier International propose un quizz ici.

Le visage de troll ou troll face est un peu l'équivalent du nez rouge dans l'iconographie du web.

Le visage de troll ou troll face équivaut à un nez rouge dans l’iconographie du web.

Certains trollages sont qualifiés de « trolls velus », c’est-à-dire de controverses interminables récurrentes. Ils constituent les grands classiques du trollage, des espèces de débat-types. C’est le cas par exemple des préférences en matière de modèles d’ordinateurs et de consoles de jeu, ou pour certains grands thèmes de société et d’économie particulièrement clivants. Le simple fait de lancer ce type de discussion est en soi un troll, et provoque souvent des réactions violentes où les participants avertis « crient au troll ».

Le trollage nourrit le cyberharcèlement

Les trolls sont aussi vieux que les forums sur internet. Probablement même aussi vieux que le principe de la discussion elle-même. Mais la limite est parfois mince, c@ndides lecteurs, entre déclencher une dispute en ligne et tomber dans le cyberharcèlement. Pour rappel en France, si vous vous transformez en flamer ou en hater – traduisez un rageux – qui passe sa fureur sur une victime bouc-émissaire, vous tombez automatiquement sous le coup de l’article 222-33-2 du Code pénal, qui punit le harcèlement moral. La peine maximale encourue est de 2 ans de prison et de 30 000 euros d’amende. Admettez que ça fait cher la dispute.

Les sites X et Y apportent leur soutien aux victimes de cyber-harcèlement.

Les sites Netecoute et Internetbodyguard apportent leur soutien aux victimes de cyber-harcèlement.

Sur internet, l’absence de vis-à-vis au moment de poster un commentaire nous prive d’interactions sociales précieuses : pas de posture du corps, pas de moue du visage ni d’intonation de la voix. En d’autres termes, pas d’indices supplémentaires sur le ressenti de votre interlocuteur. Résultat, un manque d’empathie que les smileys ne compensent pas tout à fait. Contre les trolls devenus cyber-harceleurs, il existe des plateformes pour se faire aider. Netecoute est spécialement dédié aux internautes mineurs. Internetbodyguard vient aussi en aide aux victimes de harcèlement et d’arnaques sur la toile.

Au Canada, il a fallu des affaires emblématiques comme le suicide d’Amanda Todd en octobre 2012, un mois avant ses 16 ans. La vidéo très choquante qu’elle a postée sur YouTube pour crier sa détresse quelques semaines avant sa disparition a bouleversé la toile. Indignés, les Anonymous ont publié le nom de son harceleur supposé. A son tour, cette personne a été victime de chantage et de menaces de mort. Un conseil, c@ndides lecteurs : ne cédez pas à la colère et ne faites jamais justice vous-mêmes. Il s’est avéré que les Anonymous avaient commis une erreur. Un autre suspect a été arrêté en avril 2014 aux Pays-Bas. Il est en attente de jugement.

troll free zone

Contre les trolls, ne faites pas justice vous-même. C’est le travail des modérateurs et de la police.

L’Angleterre a aussi connu ses propres fais divers de cyberharcèlement. Entre 2010 et 2014, un troll s’est acharné contre les parents de Maddie McCann. Vous vous souvenez de cette petite anglaise de cinq ans qui avait disparu au sud du Portugal en 2007 ? Certains n’ont pas accepté que les parents aient été blanchis par la police. Sous le pseudonyme de @sweepyface – compte Twitter aujourd’hui effacé mais au contenu capturé ici – la sexagénaire Brenda Leyland  tenait des propos violents et haineux contre le couple. Démasquée par la chaîne Sky News, elle déclarait aux médias britanniques que « c’était son droit » de les haïr. Trois jours après la diffusion de l’émission début octobre 2014, cette personne s’est suicidée dans un hôtel de Leicester.

La trollophobie est une bonne chose

Pas de liberté sans responsabilité. La plupart des trolls semblent avoir oublié la deuxième partie de la phrase. Récemment, le Royaume de sa Très gracieuse Majesté a connu l’affaire Chloe Madeley. Cette coach britannique de 27 ans a été harcelée et menacée de viol sur Twitter. C’était suite aux propos de sa mère Judy Finnigan dans l’émission Loose Women. Celle-ci y avait minimisé le viol pour lequel le footballeur Ched Evans purge actuellement une peine de prison de 5 ans. Le 22 octobre 2014, le secrétaire d’Etat à la Justice Chris Grayling a réagi avec fermeté. Il a annoncé son intention de durcir la loi anglaise contre le cyberharcèlement, en faisant passer la peine de 6 mois à 2 ans d’emprisonnement.

Les trois singes de la sagesse

Les trois singes de la sagesse chinoise : ne pas voir, ne pas écouter et ne pas répéter le mal.

Oui c@ndides lecteurs, comme dans le monde magique de Harry Potter, les histoires de trolls sont puantes. Quoi de plus viril et de plus courageux que de menacer une jeune femme de viol, n’est-ce pas ? Rangez vos fusils et vos filets à trolls, l’australienne de 21 ans Alanah Pearce a peut-être trouvé la solution. Cette gameuse et chroniqueuse de jeux vidéos pour Button Bash a constaté que les trolls qui lui écrivaient des obscénités étaient majoritairement mineurs. Dans ce cas, pourquoi ne pas en parler directement avec leur maman ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Évidemment, c’est plus facile quand votre troll signe de son vrai nom et a accepté sa mère en amie sur Facebook.

La chasse au troll peut prendre la forme d’un lynchage pur et simple avec les Anonymous, ou d’une sanction éducative avec la méthode d’Alannah Pearce. Trollophobes de tous pays, soyez magnanimes. Certains tenants de la liberté de parole sur internet sous-entendent que les chasseurs de trolls sont pires que les trolls eux-mêmes. A mon sens, le problème va au-delà d’un trivial problème de liberté d’expression. Car outre l’entreprise de sabotage, le trollage est une forme d’incivilité très violente. Personne ne va sur le net pour se faire insulter. Dans la vraie vie, ce genre de différent qui s’envenime se termine au poste de police.

Une étude menée en 2011 par trois chercheurs américains sur un site d’information en Arizona a démontré que 22% des messages laissés étaient à caractère injurieux. L’humanité n’est pas parfaite et les trolls ont de beaux jours devant eux. Il faut de tout pour faire un internet.

Mais des trolls velus, c@ndides lecteurs, n’hésitez pas à faire place nette.

Mathilde Hodouin

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À propos MathildeHodouin
Diplômée de l'ESJ Paris // Journaliste @melty passée par @frenchweb // Twitter @MathildeHodouin // Blog : "Le nano web de M@thilde" #internet #numérique #innovation

One Response to Les trolls au pain sec et à l’eau

  1. I think most folks probably achievable up with only one three. Face-to-face is easily the best and private, you can make your location, you can control your environment, perform visually be conscious of the receiver, you possess the most suppression.

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