Sortie de route pour la Google Car

La Google Car est pilotée par l'intelligence artificielle.

La Google Car est pilotée par l’intelligence artificielle.

Les candidats au permis de conduire l’ont rêvé, Google l’a fait. La voiture autonome de la firme de Larry Page se conduit toute seule comme une grande… elle vient même de provoquer son premier accident.

Imaginez un instant que vous n’ayez plus besoin de conduire vous-même votre voiture. Indiquez l’endroit où vous souhaitez vous rendre. La voiture s’en chargera pour vous. Finis les embouteillages, les fous du volant et les accidents ! Cette utopie, c’est l’un des rêves de Google. La firme de Larry Page ne se contente pas de proposer ses services sur internet. Vous vous souvenez des Google Glasses ? Hormis leur échec commercial, il faut admettre que l’idée était audacieuse.

Laisser Google rêver le futur, c’est un peu comme s’embarquer dans un monde de SF où la technologie règlerait tous nos problèmes. Sauf que la technologie actuelle n’est pas prête de nous projeter dans un univers digne de Star Trek. L’intelligence artificielle a ses limites. La Google Car a provoqué ce mois-ci son premier accident avec un bus. Selon les premières données de l’enquête, il s’agirait du premier accident dont la Google Car serait directement responsable.

Faut-il laisser Google prendre le volant ?

Une conduite trop parfaite ?

Plus de peur que de mal, rien que de la tôle froissée. Le 14 février 2016 à Montain View (Californie), l’une des voitures autonomes de Google a heurté un bus alors qu’elle roulait à faible allure. Comprenez 3 km/heure, soit moins vite qu’un piéton qui marche. La voiture sans conducteur est un de ces projets high tech un peu dingues développés par Alphabet – anciennement Google X – depuis 2005. Le calcul de Google est simple. Vous le savez sans doute c@ndides lecteurs, les États-Unis ne survivraient pas sans la voiture. Depuis les années 1950, leurs plans d’urbanisme donnent la priorité à l’automobile.

Les transports en commun chez l’Oncle Sam laissent largement à désirer, mais c’est un choix politique. Conséquence de cette hégémonie de l’auto, il se produit 10 millions d’accidents de voiture par an aux USA. Or 9,5 millions de ces accidents sont dus à une erreur humaine. Pour faire baisser le nombre d’accidents, Google propose de remplacer le pilotage manuel par l’intelligence artificielle. Après tout, certaines voitures sont capables de garer toutes seules. Sous votre capot, de nombreux logiciels assistent déjà votre conduite. Mais créer une voiture entièrement autonome, c’est une autre paire d’essieux.

Google adapte aussi son système sur des voitures de série.

Google adapte aussi son système sur des voitures de série.

Comment ça marche ? Soyons honnêtes, côté look ce n’est pas encore ça. La voiture entièrement dessinée par Google ressemble à un jouet d’éveil pour enfant. Elle fonctionne avec un lidar, un laser impulsionnel avec une fonction télémétrique (pour déterminer la distance d’un obstacle). La Google Car est aussi pourvue d’une caméra, de radars, d’un récepteur GPS et de capteurs au niveau de ses roues motrices. Il s’agit d’un prototype, j’aurai donc du mal à me montrer plus précise sur ses caractéristiques techniques. La voiture est conçue pour collecter et analyser les données nécessaires à la conduite.

Alors fini l’examen du permis de conduire ? Pas si vite. Premier bémol, le système n’a été testé que sur les routes de Californie, sans conditions météorologiques difficiles comme la neige ou le brouillard. Deuxième bémol, Google ne cherche pas juste à programmer un véhicule pour qu’il se déplace d’un point A à un point B. Les robots ont déjà remplacé les humains pour les trajets courts et répétitifs au port de Rotterdam. L’intelligence artificielle vise un objectif plus ambitieux. Elle doit permettre à la voiture de réagir aux imprévus et d’adapter sa conduite en conséquence… comme le ferait un humain.

Penser comme un être humain

C’est là que le bât blesse. La Google Car n’est pas encore capable d’interpréter les indications d’un agent de police qui ferait la circulation. Ajoutez à cela c@ndides lecteurs que le système n’a été testé que sur les routes de Californie. Comprenez dans des conditions météorologiques très favorables, sans neige ou brouillard. Lors de l’accident, la Google Car roulait sur une route à trois voies très fréquentée. À un croisement en travaux, elle a dû s’arrêter devant des sacs de sable. La voiture a déboîté pour se réinsérer dans la circulation. Elle n’a pas tenu compte du bus qui arrivait dans son dos à 25 km/heure.

Ce n’était qu’un accrochage, personne n’a été blessé. Sur la route, vous pouvez quand même tuer quelqu’un en le renversant à une vitesse de 30 km/heure. Google a pris l’accident très au sérieux. « Nous allons endosser une partie des responsabilités, car si notre voiture n’avait pas bougé, il n’y aurait pas eu de collision » a reconnu l’entreprise dans un rapport mensuel sur la Google Car. Pour respecter la loi américaine, un conducteur humain se trouvait dans le véhicule au moment de l’impact. Lui non plus n’a rien vu venir. Il pensait que le bus allait ralentir, voire s’arrêter pour les laisser passer.

Le genre d’erreur bête qui arrive tout les jours… entre conducteurs humains sur la route. Le bus n’a pas manqué de civisme. Du point de vue du code de la route, la Google Car devait lui céder le passage. Conclusion, l’intelligence artificielle n’est pas infaillible mais perfectible. En six ans, la Google Car a parcouru plus de 2,2 millions de kilomètres sur les routes publiques. C’est la première fois que l’intelligence artificielle trébuche. Les 17 incidents mineurs précédemment recensés venaient tous d’une erreur humaine. La Google Car devra encore rouler pour acquérir suffisamment d’expérience.

Si les paramètres de base de la conduite sont simples, il existe une multitude de combinaisons possibles sur la route. Dans sa cohabitation avec les humains, la Lexus RX450h de Google s’est probablement montrée trop optimiste. « Nous avons d’ores et déjà pris en compte cet incident et des centaines de variations d’un tel scénario dans notre simulateur et l’avons intégré à notre logiciel, poursuivent-ils. Désormais, nos véhicules vont prendre en compte le fait que les bus (et tous les autres gros véhicules) ont moins tendance à s’arrêter que les autres voitures » a indiqué Google.

Le casse-tête des assureurs

Faute avouée à moitié pardonnée… mais ça ne nous dit pas qui devra rembourser. La flotte des Google Cars compte 22 véhicules robotisés de type Lexus  – dont celui impliqué dans cet accident – et 33 autres prototypes. Oui c@ndides lecteurs, je parle de l’espèce de jouet rigolo et tout rond qui illustre le haut de cet article. Certains la comparent à un pot de yaourt. Plaisanterie mise à part, vous rigolerez moins si cet engin provoque un accident avec votre véhicule. La loi impose de rouler avec une assurance. En cas d’accident, elle vous indemnise en fonction de votre degré de responsabilité en tant que conducteur.

Ce détail a son importance, car dans le cas présent la technologie est en avance sur la législation. L’administration américaine impose la présence d’un conducteur à bord pour autoriser un véhicule à rouler. Or, la loi précise que le conducteur est la personne qui se trouve derrière le volant. Vous voyez venir l’embrouille ? C’est aussi pour cette raison que Google a reconnu la responsabilité de son système. Le National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) n’a pas encore accordé le statut légal de conducteur aux voitures autonomes.

Par ailleurs, toutes les Google Cars ne sont pas conçues comme des véhicules Lexus robotisés. La loi impose qu’un véhicule soit équipé d’un volant, de pédales de frein et d’un frein à main… tous équipements manquants dans la Google Car, celle qui ressemble à un pot de yaourt. La NHTSA voulait qu’il y ait au moins toujours un passager détenteur du permis de conduire capable de reprendre le volant, par sécurité. Jusqu’ici, Google affirmait qu’il était plus dangereux de laisser un humain reprendre le contrôle d’une voiture dirigée par ordinateur. Ce nouvel accident vient bouleverser cette certitude.

Google avait reçu une dérogation pour tester ses prototypes. Le gouvernement américain compte investir 4 milliards de dollars en 10 ans pour développer ce nouveau marché. Google et Apple espéraient mettre leurs produits sur le marché dès 2017. Cet accident pourrait retarder le processus. Les pays européens ont aussi commencé à adapter leur législation. En France, PSA et Renault sont déjà dans la course. La loi sur la transition énergétique du 22 juillet 2015 autorise le gouvernement à autoriser par ordonnance « la circulation sur la voie publique de véhicules à délégation partielle ou totale de conduite ».

Nous n’avons pas encore de solution miracle contre les accidents de la route, mais on y travaille.

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À propos MathildeHodouin
Diplômée de l'ESJ Paris // Journaliste @melty passée par @frenchweb // Twitter @MathildeHodouin // Blog : "Le nano web de M@thilde" #internet #numérique #innovation

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