La guerre des drones n’aura pas lieu

Des drones civils non-identifiés volent sans autorisation au-dessus de sites sensibles français.

Les drones civils envahissent petit à petit l’espace aérien français.

Le ciel est-il sur le point de nous tomber sur la tête ? Le 21 avril 2016, un Airbus A320 a évité de peu une collision avec un drone civil au moment d’atterrir à l’aéroport de Roissy. Ces appareils miniatures se banalisent, pour le meilleur et pour le pire.

C’est le boxon dans l’espace aérien français. Le mercredi 21 avril 2016, un avion en provenance de Dublin prépare son atterrissage à Roissy. L’Airbus A320 de la compagnie irlandaise Aer Lingus se trouve encore à 6000 pieds d’altitude (environ 2500 mètres) lorsque le pilote réalise que son appareil n’est pas seul. Ce n’est ni un oiseau, ni un avion, ni même Superman. Pour le pilote, un drone civil vient tout bonnement de passer à 150 mètres sous son aile droite. Une situation d’autant plus difficile à comprendre pour la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), que ce type d’engin motorisé n’est pas sensé voler au-dessus de 150 mètres d’altitude.

En tout cas pas depuis la législation entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2016. Tant que durera l’enquête, ce drone supposé sera donc… un OVNI au sens strict du terme (un Objet Volant Non Identifié), même si nous sommes loin des petits hommes verts. Le récent succès des drones de loisir provoque de plus en plus de rencontres involontaires. Chacune d’entre elle provoque un mini buzz. Notez qu’en anglais, drone signifie « faux-bourdon » tandis que buzz se traduit par « bourdonnement d’insectes ». Vous apprécierez l’ironie, c@ndides lecteurs. En théorie, les drones ne sont autorisés à voler ni à proximité des aéroports ni au-dessus des zones habitées.

Les propriétaires qui enfreindraient la loi risquent un an de prison et 75 000 euros d’amende. Las, les pilotes de drones Français sont encore très indisciplinés. Ou mal informés. Ou les deux.

Faut-il craindre les drones ?

Drôles de drones

Quelques considérations entomologiques pour commencer, si vous le voulez bien. Le « faux-bourdon » (à qui le drone doit son nom) désigne une abeille mâle dans la ruche. Cette bestiole possède des yeux énormes (8 000 facettes contre 5 000 pour une abeille ouvrière) un abdomen protubérant et son vol est excessivement bruyant. Le drone civil possède au moins deux de ces caractéristiques : les yeux et le bruit. Cet appareil est équipé d’une ou plusieurs caméras, et son vol vrombit plus fort qu’un essaim d’abeilles en colère. Pour faire simple, c’est un aéronef sans passager. Vous le piloterez toujours du sol, à moins bien sûr que vous n’ayez les mensurations d’un leprechaun !

S’il évoque l’aéromodélisme, le drone civil n’est pas un jouet. Sa vente en France n’est soumise à aucune restriction particulière. Vous pouvez en acquérir un facilement pour moins d’une centaine d’euros, sur un site spécialisé comme DroneShop ou sur des plateformes généralistes comme PriceMinister. C’est au niveau de leur navigation que vous devez vous montrer attentif. C’est surtout une question de bon sens. Aucun voisin n’a envie d’être espionné en maillot de bain dans son jardin. Par ailleurs, un certain nombre de sites sensibles (aéroports, zones militaires ou infrastructures stratégiques) sont interdits de survol. Deux arrêtés de décembre 2015 définissent les modalités de vol des drones, dont sont tirés ces 10 commandements.

Notez qu’il existe une grande différence entre les drones de loisir détenus par les particuliers, et les drones civils utilisés dans un contexte professionnel. Ce sont les premiers qui provoquent des accidents. La gendarmerie des transports aériens estime entre 150.000 et 200.000 le nombre de drones de loisirs en France.  98% d’entre eux sont des mini-drones de moins de 2 kilos.  Mine de rien, c’est suffisant pour causer de graves blessures en cas de crash sur une personne. Face à un avion, le risque est plus grand encore. Aucune technologie n’a été conçue pour les détecter à coup sûr. Dans le cas où le drone heurterait ou serait aspiré par le réacteur de l’avion, sa batterie au lithium pourrait provoquer une explosion.

Les fréquences radio de contrôle des drones pourraient aussi interférer avec les appareils de bord.  Un accident est si vite arrivé… De nombreuses rencontres involontaires auraient été répertoriées en Europe entre 2015 et 2016. Le 19 février 2016 à Roissy encore, un drone était passé à tout juste 5 mètres d’un avion. Le pilote l’avait remarqué au dernier moment.

La guerre des drones ?

Après la lecture d’un pareil tableau, l’inquiétude pointe le bout de son vilain nez. Je peux presque l’entendre s’agiter dans vos têtes, c@ndides lecteurs. C’est tout à fait normal, et certaines entreprises comme SkySafe l’ont parfaitement compris. Cette startup a été créée en 2015 à San Diego (Californie) par Grant Jordan, un ancien du MIT qui a travaillé quatre ans pour l’US Air Force. « Un nouveau Far West de l’innovation et du développement des drones est en train d’émerger. Notre objectif est de construire un espace aérien sûr et fiable » peut-on lire sur le site internet de SkySafe. La société affirme être capable d’identifier n’importe quel drone en vol, et d’en prendre le contrôle si nécessaire.

La technologie de SkyFace lui aurait déjà permis de lever 3 millions de dollars auprès du fonds Andreessen Horowitz. Pour mémo (et pour ceux d’entre vous qui s’y connaissent autant dans ce domaine qu’en serbo-croate médiéval), nous parlons d’un fond qui avait déjà misé en leur temps sur BuzzFeed, Facebook, FourSquare, Groupon ou Lyft. Il s’agit donc d’une affaire très sérieuse. Plus intéressant encore (ou plus inquiétant, c’est selon), SkySafe assure que sa technologie lui permet aussi de remonter jusqu’au pilote. Plus moyen de faire n’importe quoi avec son drone ! Le système a quand même besoin d’être encore chiffré pour plus de sécurité. Sur cette vidéo de démonstration, SkySafe n’utilise une simple application.

La solution technologique écartera les drones de loisir des indélicats pas très au fait de la législation… mais elle n’offre aucune garantie de 100% de réussite. En désespoir de cause, il reste toujours la solution de la police néerlandaise : dresser des aigles pour qu’ils capturent en vol les drones non-autorisés. Un exercice de haut voltige qui a la classe sur le papier, mais qui reste dangereux pour les oiseaux à cause des hélices des drones. Rassurez-vous, la police pense équiper les rapaces de gants spéciaux de protection.

Volez mes mignons, volez !

Inutile pourtant de noircir le tableau. Il reste un espace que les drones sont en train de conquérir, et où les observateurs ne s’attendent pas à les trouver : la campagne. Drones des villes VS drones des champs, les seconds ont investi le marché des engins agricoles. Equipés de capteurs (infrarouges notamment), ils servent à déterminer par exemple quelle parcelle de blé ou de colza a besoin d’une dose d’engrais supplémentaire. Les drones ne sont pas uniquement au service de la rentabilité des exploitations. Ils permettent aussi de diviser par deux l’emploi de produits chimiques en ciblant mieux les épandages. En France, les startups Delair-Tech et Airinov sont présents sur ce micro-marché.

Vous n’avez pas fini de les entendre vrombir !

Mathilde Hodouin

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À propos MathildeHodouin
Diplômée de l'ESJ Paris // Journaliste @melty passée par @frenchweb // Twitter @MathildeHodouin // Blog : "Le nano web de M@thilde" #internet #numérique #innovation

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